Créer son blog Recommander ce blog Avertir le modérateur




Association de Défense et de Promotion du Jeu Provençal
> La Boutique Boulistenaute

Dédé CABANEL : "Du Rire aux Larmes..."

Vendredi 26 Juin 2020


Il est mort de vivre...Il est mort d'en rire...Lui qui clamait "Cabanel c'est éternel !" aux spectateurs ébahis, s'est endormi la nuit dernière dans l'infini sommeil du dernier voyage...


A 93 ans le "Raimu des boules" s'en est allé, l'amuseur public, comédien aux milles facettes, et excellent joueur de boules qui a tant fait rire des générations de Nîmois au Bosquet qui était son jardin et de vacanciers au boulodrome du Grau du Roi où il avait quasiment inventé le petit jeu...Sa présence garantissait aux nombreux spectateurs galéjade, pétanque à l'ancienne, répliques savoureuses et humour de bon aloi...Ses formules célèbres ont fait le tour de la planète boules. A son tireur qui avait chiqué il dit "La caresse c'est la petite soeur du carreau..." ou bien sur une mène où son partenaire voulait être offensif à outrance il coupa avec son célébre "Il vaut mieux une sardine sur un bout de pain qu'un perdreau qui vole..." ou encore lors d'une partie au Bosquet avec le Nain ce dernier tergiversait en se demandant comment envoyer sa boule, la sentence de Dédé tomba dans un grand rire communicatif "Envoie la par la Poste !..." Magnifique...

Natif d'Aimargues en septembre 1927, il était destiné à cultiver la terre et la belle propriété familiale, mais comme il le disait souvent avec une forme d'auto dérision le travail de la terre, les vendanges très peu pour moi, trop fatigant...Alors il s'installa rapidement à Uchaud ou il tint plusieurs commerces et activités mais s'adonna surtout à sa grande passion la Pétanque et au divertissement des foules. Excellent joueur il fut sacré Champion du Gard en Tête à Tête en 1971 mais ne put naviguer au championnat de France victime de la rafle...Mais c'est au Bosquet de la Fontaine et au Midi Libre que Dédé allait construire sa légende dans les parties d'intérêts ou autour de sa fameuse loterie à boules (un sacquet) qu'il animait avec sa fameuse cloche pour rameuter les clients et en parlant patois...J'ai eu le plaisir de lui faire l'appelant plusieurs fois et son ami Jeannot Ortega fournissait les boules...Avec Néné Macari, Raoul Bonfort, Le Nain, Le Diable que de parties épiques, un cinéma permanent gratuit où chaque jour le film changeait mais sans jamais lasser le spectateur.

"Il était là dans son fauteuil..." comme chante Michel Sardou en hommage à son père, Dédé c'est un peu ça, un mélange de Fernand Sardou et de Raimu dont la scène était le jeu de boules. C'est là au Bosquet que je l'avais retrouvé en 2015 pour sa participation au livre biographie de Néné MACARI "Une passion nîmoise" dont voici l'extrait in extenso :

"Alors je l'ai rencontré là, assis sur son setti et j'ai simplement ouvert mon dictaphone...Que de galéjades, de blagues, de souvenirs...Lui c'est vraiment un personnage avec sa silhouette et son éternelle casquette plate vissée sur le crâne. A son sujet son compère Bonfort avait composé un sonnet qui commençait ainsi :

Il était une fois un petit Aimarguois
Plat comme une sardine
Il devint beau garçon et auprès des jupons 
Il faisait sensation
Un jour prenant son vol en ayant ras le bol
De trimer à l'usine
Vite il se maria 
Et maintenant voilà...


"Cabanel c'est éternel !" lançait il à la galerie ravie après une boule frappée ou un point réussi. Quelle gueule ce type, un vrai acteur à la Pagnol, le Raimu des boules.


"Avec Néné et Raoul (Bonfort) on a traversé la France, mais je vais te raconter celle du voyage à Paris avec Raoul en doublette pour Noel 1971...Je lui dit "Mais Raoul, il fait pas chaud à Paris en cette saison !" et il me répond "Ne t'en fait pas c'est tout à l'intérieur..." On était invité et on est parti avec ma Mercédes, la galerie suivait, et il y a avait toutes les vedettes de l'époque, les Lebeau, Paon, Mattei, Foyot qui débutait avec Authieu, bref le gratin. Bien sûr là haut il nous font jouer dehors et heureusement qu'avec ma femme j'avais les quatre saisons et que je n'avais pas trop écouté Raoul. Figure toi qu'il m'avait pris tous mes pull overs mais ils y étaient grands, pardi, ça faisait un peu clown...Et à ce concours on a même fait la connaissance de Coluche qui était venu avec Achille Zavatta. Et là, à la quatrième, alors qu'on est 11 à 12 on a fait le cinema. Il fallait qu'il fasse un carreau pour que nous gagnions et si il manquait on avait perdu...Alors pour se donner du courage, Raoul m' attaqué devant tout le monde en me lançant "Et toi Cabanel ! Ton palmarès il irait sur un confetti !" Alors moi impassible je me mets à rire doucement et je donne la réplique à la galerie "Messieurs Dames vous entendez ce qu'il me dit à moi ? Que mon palmarès il irait sur un confetti ! Mais mon ami il oublie une chose c'est que les chinois ils y ont écrit la bible sur un confetti ! Et bien sûr tout le monde éclate de rire. La télévision était là, il  retroussait ses manches, il allait, il revenait, il me pousse, je lui mord le doigt...Autour de cette boule, on avait créé une pièce de théâtre, mais encore fallait il qu'il la frappe et tout Paris était avec nous pour l'aganter...Et là dans le rond, alors que la boule pesait bien plus que 700 grammes, Raoul dans son geste gracieux l'a gelée en place sous les ovations de la foule ! C'était du délire !"

Dédé poursuit en me montrant le Jardin de la Fontaine qui est face à nous avec son bras tel un Empereur..."Moi aussi Le Midi Libre ici, il me manque et je l'ai longtemps animé avec mon sacquet et mes loteries de boules qu'on appelait la saucisse de Cabanel. Maintenant c'est fini, ça vaut plus rien, il n'y a plus d'ambiance.

Tu sais à la longue, j'étais bon aussi mais c'était trop long, il fallait jouer trois jours pour gagner ce que je pouvais me faire en une après-midi à pétanque, sans parler du petit jeu ai Grau du Roi où les pigeons affluaient toujours. Le petit jeu je l'ai pratiquement inventé et crois moi, je les ai tous battus même les meilleurs. J'avais des clients de partout, de Paris, de Lyon, de Montpellier, des touristes, ils se faisaient plaisir, j'avais beau leur rendre trois points à la première, quatre à la seconde, je les battais toujours. Teh, une fois, il y en avait un qui était beau et plein aux as, il m'avait même dit : "Monsieur Cabanel, est ce que moi je peux me reculer ? car on joue trop près et ça me gêne étant grand..." Tu penses !


Tu vois ma devise c'est "Les boules c'est comme dans la vie, c'est pas interdit de parler, c'est interdit de mal parler !". Les boules c'est plus ce que c'était, c'est devenu triste, ça n'a plus rien à voir, on dirait qu'ils travaillent les joueurs maintenant. Avant il y avait le jeu, et les réparties pagnolesques et tu jouais partout, les gens venaient voir. Il faut bien dire une chose, aux boules il faut que tu joues avec la galerie, que tu te la mettes dans le poche, qu'elle t'aide à gagner, que tu la sentes..."


Il aurait pu être un personnage d'Yvan Audouard dans son essai "L'apprenti fada", lui Dédé la gouaille, qui l'amena jusque sur le plateau de Nulle part Ailleurs sur Canal Plus invité par Gildas ! Il a joué sa vie comme une comédie, de formules en répliques, d'éclat de voix en mimiques...Les boules en rient encore.


Affectueuses pensées à Suzy son épouse, à ses fils Christian et Roland et ses filles et ses amis de toujours Néné Macari et Jeannot Ortega, ainsi que tous ses proches. Adésias Dédé fait la bise au Nain la haut et fait sonner la cloche le bon Dieu t'en voudra pas, et tu le feras rire...Nous on t'oubliera pas, on pensera à toi en rigolant toujours.



Les obsèques d'André Cabanel auront lieu Mardi 30 juin à 10 heures en l'église d'Uchaud.



Vincent MEGER