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"Cent Provençal, Sang Provençal !..."

Vincent MEGER




Le Provençal !

Il aura cent neuf ans cette année, mais ce dimanche 23 juillet 2017, malgré beaucoup d'incertitudes ce sera bel et bien le départ de la centième édition du plus ancien et du plus prestigieux de tous les concours de boules, "Mecque du Jeu Provençal" et véritable mythe pour tous les joueurs de Longue : Le Provençal !


Plus qu'un Concours...

Depuis plus de cent ans, c'est bien plus qu'un concours de boules qui nous unit, bien plus que de simples sphères qui roulent et s'entrechoquent, bien plus que quelques coups de chance ou de malchance qui font ou défont un destin, bien plus que de beaux souvenirs et des lettres d'or aux Palmarès des Champions...Non Le Provençal c'est plus que tout cela, c'est plus qu'un concours, c'est tout un coeur qui bat et tout le sang d'un peuple qui coule dans nos veines...Tout un sang Provençal...

Alors quand Monsieur Gibron eut l'idée du Concours au début du siècle dernier il ne se doutait certainement pas qu'il allait créer la plus belle des étoiles pour les joueurs de boules, et au fil des décennies à travers les légendes qui l'ont construite...Etoile à 7 branches pour "le blond" André Massoni recordman absolu au Palmarés devant d'autres légendes à 5 étoiles nommées Albert Calanotti, Le Bimbo, Louis Benoit Gonin et Philippe Roux..Etoile filante pour certains pourtant très grands qui n'ont jamais pu la décrocher même si ils s'en sont approchés très prés...Et légende aussi pour les noms des autres grands cracks qui nous ont fait aimer les boules et chérir le Provençal : Le Maggi, Le Rouge,Charlot Oderra, Sardine, Petit Fernand, Le Bajard, Baldi, Othello, Lilou Maurin, Le Japonais, Vivancos, Lovino, Locatelli, Partengo, Racanelli, Pironti, Cortes, Gastaldi, Ruggieri, Chauvin, Carbo, Giordanenco, Mussi, Bonnifay, Guerrieri, Lafleur, Cavaliére, Griseri, Valdes, Ceyte, "Ben", Rouvin, Matraglia, Stievenart, Terreno et Kerfah parmi tant d'autres...

On ne s'éternisera pas sur les statistiques, ce n'est pas le but de cet hommage, mais le Provençal est bel et bien le concours de tous les records avec 1849 équipes engagées en 1983, et des finales disputées devant des milliers de spectateurs, le stade vélodrome et sa piste cendrée servant même de théâtre à l'ultime partie et au dernier succès de l'aigle noir Calanotti en 1968...

Alors d'où que l'on vienne, on marche vers l'étoile, on visualise les paysages avec le même rêve qui nous guide, années après années, des chemins de Provence bordés de cyprès, aux nationales du Sud cernées de platanes, aux routes de Camargue qui rejoignent la Crau en rasant roseaux et autres tamaris...Les mêmes images, les même repères, les mêmes fétiches, on refait toujours le chemin...Qu'on vienne du levant et du Var ou même de la Côte d'Azur, qu'on traverse les Rhône, le petit puis le grand, en venant du Gard ou de plus loin encore, on sait très bien qu'en voyant la bonne Mère, en serpentant sur la corniche jusqu'au David, ou en descendant le Prado on touchera bientôt au but...


Le temps, les hommes :

Semaine sainte ou Sainte semaine, le samedi pour les autochtones on a acheté le Provençal, on a regardé le tirage, on est allé chercher le carton et les cadeaux à Borely et puis on a préparé les affaires, la chemise, le polo ou le tee shirt, le short ou le pantalon, les chaussures, on a astiqué les boules rempli la sacoche et la glacière, il va faire chaud il faudra boire, beaucoup boire, rester frais demain...

Dimanche on a peu dormi, on est un peu stressé quand même, ces mecs en face on les connait pas, ça se trouve ils sont forts, ils en manquent point, ils rongent le bouchon...On verra bien...Le temps de faire deux cent cinquante bises et c'est bon on trouve notre jeu, on y est ça va, tout se passe bien, finalement ces Goldoraks de la nuit font que des renards et le tireur en attrape point...On va manger dans le Parc on joue prés du Chateau cet après midi, monte davale ce jeu mais finalement nos adversaires ont joué pour participer et travaillent demain, donc on finit en buvant un coup au Skating et en les remerciant...La mission pour le capitaine est simple, tirer l'impair pour le lundi matin qu'on se repose un peu...Il revient avec le sourire on sera là demain après midi, un lundi au soleil...

Le lundi c'est spécial, souvent on en fait qu'une mais elle vaut le coup car revenir le Mardi c'est déjà un bon petit Provençal et puis il en reste encore des "souplettes" comme on dit alors pourquoi pas...

Le mardi, "bien on est encore là diront les uns", ou "le concours commence vraiment" clament les champions, c'est vrai qu'on attaque les 64éme et logiquement les 128 qui restent sont des équipes de joueurs de boules, il n'y a plus guère de balourdes, on a droit aux premiers gros chocs, les galeries grossissent, ça commence à timbler dans des fins à suspens et on arrive à discerner les favoris et les vrais prétendants...

Le mercredi ça se précise le matin ils ne sont plus que trente deux trios pour les seizièmes de finales, on vous remet un joli polo (ils étaient blanc et rouge pour nous...), les jeux s'espacent, la presse commence à vous suivre à vous interroger, il faut garder la tête froide la concentration, être le plus frais possible, boire encore et toujours, être proches des ses coéquipiers mais dans sa bulle aussi, trouver le bon dosage, la bonne distance, la motivation vient seule depuis dimanche on l'a et elle n'a fait que grandir partie après partie, "y a un coup à faire, pourquoi pas nous..." se murmure t'on...L'après-midi c'est les huitièmes et là on en prend une grosse, c'est normal, il n'y a plus que ça...Les langoustes prennent pas si souvent le port de Marseille comme on dit ici quand des inédits se présentent à ce stade...Il y a toujours dans les huitièmes des parties à suspens, où on semble jouer les prolongations, des scores serrés, 12 à 13 on s'arrête là avec des regrets pour la vie mais des souvenirs et des joies pour l'éternité...

Le jeudi plus que 3 se disent les cadors, perdre en quarts on dit que c'est la partie du couillon, alors il faut forcer le passage et rentrer dans le stade comme les gladiateurs romains autrefois, c'est relevé c'est sûr mais cela coule de source, ça se jouera sur une bonne entame, sur des bonnes options et sur de la réussite aussi alors si la bonne Mère pouvait nous faire un petit ce serait bien...L'après-midi le stade est là, monstre métallique mini cratère à ciel ouvert où peuvent se brûler les ailes les plus fluides, on change les polos, on reconnait nos amis dans les tribunes d'acier, mais on ne voit qu'un cadre et trois bonhommes en face...Le jeu est différent, dur, avec cette peinture sur le béton au milieu, brrrrrrrr le trac va pas gagner, si près du but il faut se surpasser pour revenir demain et jouer à Borely un vendredi...

Pour ce dernier jour il faut bien dormir, boire encore et toujours, tout va se bousculer, beaux pantalons blancs, chemise à col fantaisie, protocole et présentation en grandes pompes, ne pas bouffer son énergie sous l'émotion...Gagnants ou perdants c'est un ouragan qui vous emporte toute la journée, et à la fin les énormes coupes, la foule, les amis, les inconnus, les médias, l'ivresse et jusqu'à La Coupo Santo  unique elle aussi...Il n'y a qu'ici que résonne cet hymne on ne peut plus ancestral et symbolique du Sang Provençal...


L'espace :


Le décor du Parc Borély nous oblige aussi, ici on dit le Parc ou Borély, véritable théatre des rêves, avec son goudron inégal tapissé de grain de riz, ses bordures si tentantes pour les boules mal envoyées...En entrant à gauche les premiers jeux larges et bombus à souhait,  plus loin après le palmier le virage de la Roseraie, fleuri mais si traître, ses ombres et ses lumières comme ce qui se joue sous nos yeux et parfois à l'image de nos propres vies...On avance vers le jet d'eau, le château et sa grande pente, au bord en redescendant allées et contre allées, mais aussi l'hippodrome ou l'un de mes partenaires Nîmois ayant manqué s'est retourné en attendant que sa boule revienne après un tour de piste...Et les stades bien sûr qui pour beaucoup rappellent les chaleurs du premier jour et parfois les rêves envolés prématurément mais aussi où de grandes épopées ont vu le jour...Magnac, La Pomme, Saint Loup, Caujolle, La Soude, Ganay, Henri Tasso, La Madrague, Le Cesne...

Le carré d'honneur baptisé depuis quelques années Albert Calanotti est dressé à partir du mercredi au centre du Borély tout prés du bassin, mais jusqu'à la fin des années 80 les parties finales se déroulait juste avant le Borély à droite dans ce qu'on appelait le stade de l'Huveaune...L'histoire dit aussi que pendant très longtemps avant la guerre les finales se sont disputées dans les arènes du Prado qui étaient bondées...Quelques curiosités aussi avec dans les années 90 et 2000 le palais des sports et la plage du David pour accueillir les derniers parties du Concours...



Alors en remontant la corniche encore une foisje repensais à tout ça, en regardant la Méditerranée par delà le Prophète tapisser l'horizon de lumière et de force, il me revint en mémoire le conte de Noel que j'avais écrit en mémoire de mon ami Mimi naguère vainqueur du concours et qui je le crois le joue toujours de là haut...



"La lumière acidulée de cette fin de jour rose tamisait le château et narguait la chaleur qui perdait de sa superbe. Il se retourna pour contempler le Borély une dernière fois comme si le soleil se couchait aussi sur sa vie...En rentrant il pensa à ce que lui disait son père "Les joueurs de longue le savent, on ne meurt jamais tout à fait, on refait toujours la partie...".

Il partit à l'automne un jour de mauvais vent.

Le Noel suivant dans la famille, les petits firent tomber une boule du sapin qui en se brisant laissa apparaître un papier sur lequel Emile avait écrit...


Si simples et si rituels
Ces gestes éternels
Ce jeu est notre amour
Son nom est ce concours
Et quand on y a goûté
On en rêve en secret
On traverse la vie
Dans cette rêverie
Combien de jours passés
Combien de nuits laissées
Tenir plus que courir
Vieillir à en mourir
Avec comme idéal
Un dernier Provençal !




Un bon provençal à toutes et tous, prenez du plaisir c'est une valeur qui ne se démode pas...Merci aux organisateurs de l'ASPTT et à son Président Robert Caturegli ainsi qu'à la Ville de Marseille et son Maire et plus généralement à tous ceux qui ont oeuvré pour que le Provençal puisse continuer à vivre et à nous faire rêver.



Vincent MEGER "Raoul30" - Juillet 2017 - Tous droits réservés.




Commentaires (2)
1. Ali KADRI le 13/07/2017 15:06
Merci Vincent pour l''article que notre sport préféré sorte grandit pour ce provençal pour remercier Robert et les bénévoles de l''ASPTT ainsi que tous les linguistes qui vont participer
2. El buitrė le 14/07/2017 09:36
Magnifique un régal à lire t'es vraiment un poète Raoul vivement dimanche au parc
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